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Bloody Ghoul
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Phillip Harker
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MessageA loneliness to share [ft. Dorothy] | Mer 23 Aoû - 21:01


We are the thing of shapes to come

Quatorze jours de suite qu’il passait à l’université. Et non seulement qu’il y passait, mais il y restait, des heures à la fois. À travailler sur sa thèse, ni plus ni moins. Admirable, oui, vraiment. Incroyable. Quel changement d’attitude. Lui qui, avant cela, ne se donnait que tout juste la peine de se présenter une fois par semaine. Et même ça, c’était être généreux. Wishful thinking. Quatorze jours qu’il s’y rendait le matin, tasse de café à la main, et qu’il s’installait dans ce bureau réservé aux étudiants de niveau supérieur. Donnez-lui sa mention honneur tout de suite, par Merlin. Son prix Nobel. Soulignons cette transformation radicale et ô combien la bienvenue. Quatorze jours qu’il avait remarqué qu’il partageait cette pièce avec quelqu’un. Quatorze jours qu’il lui avait carrément ouvert la porte dessus, sans s’excuser, l’air agacé. Mais qui, bordel, s’était mis dans son chemin? Quatorze jours qu’il l’avait vue. Elle et ses grands yeux, et son grand sourire, et sa douceur qui lui avait serré la gorge, qui l’avait tout de suite étouffé, qui l’avait répugné.

Dix jours qu’il avait décidé qu’il allait en faire quelque chose. Sans savoir exactement ce qu’il allait en faire, mais il refusait de laisser quelque chose comme cela passer sans qu’il puisse mettre ses mains dessus. Ses hanches, peut-être. Sa mâchoire. Son cou. N’importe quoi. C’était le genre de chose qu’il saurait seulement une fois qu’il allait y avoir goûté. Littéralement ou non.

Neuf jours qu’il s’était fait violence pour se convaincre de la laisser aller. De lui donner une chance de sortir de cette pièce, de cette université, sans s’être frottée à ses épines. Neuf jours qu’il s’en était voulu d’y avoir même pensé. C’est qu’on croirait que d’avoir déjà eu un cadavre sur les épaules, sous les lèvres, sous les paumes, ça lui aurait appris une leçon. Don’t touch them, you fucking lunatic. You’ll hurt them. You’ll kill them. C’est tout ce que tu sais faire, après tout. Effleurer d’abord. Attraper ensuite. Puis serrer. Serrer jusqu’à l’orgasme, jusqu’aux hoquets, jusqu’aux derniers soupirs. Un jour, peut-être, tu apprendras que tu ne mérites rien d’autre que d’être seul avec tes démons. Laisse-les faire ce qu’ils ont à faire. Laisse-toi aller, et épargne le monde de ta crasse. Il avait fait taire cet éternel dialogue d’une poussée de liquide sale dans les veines.

Sept jours qu’il avait envoyé promener sa conscience, au creux de ce tiroir sans fond avec le reste de ses valeurs négligées.

Deux jours que ça le démangeait, que l’envie lui grimpait à la peau et lui chatouillait l’imaginaire. Il ne tiendrait plus bien longtemps. Elle avait encore la chance de s’en sauver. Mais pourtant, elle ne le faisait pas. Idiote. Soon enough, you won’t be able to hide, anymore.

Tout ça, et ils s’étaient à peine parlés. Une pique ici. Un commentaire là. Passe-moi l’agrafeuse. Viens la chercher. Sourire. Ça lui prenait tout pour qu’il puisse se concentrer sur ce qu’il était supposé faire dans ce bureau. Phillip ne faisait pas semblant. Sauf si ça pouvait lui permettre de revoir ce sourire. Fuck, ce sourire. Il s’y serait baigné. Il s’y serait noyé.

Il était environ 20h lorsque l’Anglais soupira un peu bruyamment alors qu’il s’étirait, presque félin, vers l’arrière, le dos toujours appuyé sur sa chaise. Cette thèse était affreuse pour sa posture mais bon. Ce n’était certes pas la pire chose qu’il imposait à son corps. Il passa ses deux mains contre son visage, hésita. Elle était encore occupée, sans doute. Elle avait mieux à faire. Elle allait rester ici, sans doute. Oui, sans doute. Et c’était mieux comme cela. Harker rangea ses choses dans les tiroirs de son bureau, replaça un ouvrage de référence dans la grande bibliothèque qu’ils partageaient puis s’approcha de la porte, bras tendu vers le porte-manteau qui se trouvait tout près.

Keep quiet. Don’t say a word, let her be. Keep your dirty mouth shut. Rien de bon ne peut en sortir.

Il humecta ses lèvres du bout de sa langue, si prête à darder ces quelques mots qui lui brûlaient la bouche de ne pas être prononcés. Phil enfila son veston, l’ajusta sur ses épaules d’un mouvement souple.


« Laisse-moi te payer un verre. », dit-il, voix basse, calme, chaude, presque invitante mais ferme tout à la fois. Des menottes de cuir doux.

Le regard d’ambre de l’Anglais trouva celui de la Peste qui, depuis deux semaines, lui pourrissait la vie.


Tenue de Phil pour le RP:
 

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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Jeu 24 Aoû - 6:01



Elle a l’impression de ne relâcher son souffle que lorsqu’il passe la porte, la nuit tombée, et que le silence vient l’envelopper, la seule trace de sa présence passée dans son parfum. Son cœur se tort, impressionnée, effrayée, et elle n’y peut rien, n’en connaît pas la raison, ne tente pas de la chercher. Elle en perd sa concentration : depuis deux semaines, elle a autant avancé dans son travail qu’elle l’aurait fait en quelques jours dans un autre endroit. Pourtant, elle pousse la porte, jour après jour, dans une attente fiévreuse d’affronter son froid regard, qu’il ne porte que peu sur elle. Elle a l’impression qu’il la méprise, et sans savoir pourquoi, son attention n’en est que multipliée. Penchée sur ses parchemins, son souffle vient tordre ses entrailles, et parfois elle se l’accorde, un regard dans sa direction, après de longues minutes de délibération. Il lui fait peur. Il l’attire irrésistiblement.

Elle ne met pas de mots dessus, ne le tente même pas. Ses pensées sont un brouillard, qu’elle tente de concentrer sur la tâche à accomplir. Elle se perd dans ses livres, mais bien souvent se rend compte que plusieurs pages ont été tournées sans qu’un mot ne soit enregistré. Elle souffle, imperceptiblement, et maudit son cerveau volubile de la perdre dans de tels états.

Il n’a fait preuve d’aucune gentillesse à son égard, aucune preuve d’affection. Et chaque mot lancé comme un sifflement entre les dents lui semble pourtant une raison de vouloir en savoir plus. Une fascination qu’elle sait malsaine et qu’elle tente de réprimer trop de fois, pour baigner dans une culpabilité qui n’efface en rien les maux. Elle se sent faible, petite, et ses gestes en sont moins assurés, son esprit embrouillé. Lorsque la clarté revient à nouveau, marchant lentement jusqu’à sa chambre, elle se sent prise d’une anxiété, logée au creux de son sternum.

À présent, les heures s’écoulent, sa plume crisse contre le parchemin et ses mains sont tâchées d’encre. Elle tourne les pages, se délectant des gravures, sans se laisser pourtant le temps de se laisser distraire. Constamment sur le qui vive pour ramener son attention, dans une crainte du temps qui s’écoule bien trop consciente. Elle l’entend, son soupir, sent son crâne frémir. Il va partir, bientôt, il commence à se faire tard, la nuit est sûrement tombée. Dolly garde ses yeux vers le bas, mais ses oreilles suivent le mouvement. Il range, se lève, elle entend quelques pas, un bruit d’un habit enfilé. Elle feint la concentration, comme si elle n’avait rien remarqué, que cela ne lui faisait rien.

Il parle. Elle relève les yeux, croise son regard, étouffe. Ses lèvres restent entrouvertes un moment, à retourner la phrase à l’intérieur de son crâne, à questionner sa réalité. A-t-elle bien compris ? Mais il s’adresse bien à elle, la perce, et elle sent ses intérieurs se retourner. Dorothy finit par hocher la tête, silencieusement, que faire d’autre ? Sa formulation ne donne liberté à une autre réponse, même si elle ne s’en rend pas compte. Elle se perd, un instant, ses paupières papillonnent, avant que ses mains ne s’activent, à rapidement ranger tout ce qui a été étalé sur son plan de travail. Des papiers qu’elle remet hâtivement les uns au dessus des autres (elle s’en maudira sûrement le lendemain), avant de se redresser comme un I.

Elle aurait aimé qu’il passe la porte, qu’il la laisse suivre, à quelques pas plus loin. Elle veut pourtant pouvoir marcher à côté de lui, profiter de cette proximité inespérée. La jeune femme s’approche de lui, elle n’a pas de veste, se contente d’un fin t-shirt à bretelles et d’une jupe qui vient caresser ses chevilles. Elle vient croiser les bras, d’un instinct de protection, et s’élance hors de la pièce. Elle frissonne de le laisser derrière son dos, dévale les couloirs et les marches pour sortir du bâtiment. Elle n’a aucune idée d’où il veut se rendre, elle lui en laissera la liberté une fois l’air venu pour lui rafraîchir les idées. Et une fois la porte principale de l’établissement passé, elle se retourne vers lui, gardant ses bras fermement en dessous de sa poitrine. « Où veux-tu aller ? » Un léger sourire, une invitation, qui lui semble malvenue. Elle ne devrait pas, elle ne devrait pas, elle ne devrait pas. « On peut aller à la Banshee hurlante mais.. il y a sûrement du monde » Elle tente de ne pas baisser le regard, lutte contre ses instincts. Elle se sent soudainement idiote, il lui a proposé d’aller boire un verre, sûrement moins avec l’intention de parler spécifiquement avec elle que d’arriver accompagné à un endroit bondé. Elle déglutit. « Je te suis » finit-elle pas dire, abandonnant et baissant le regard.
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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Jeu 24 Aoû - 12:43


Son commandement était resté pendu dans la lourdeur de l’air, quelque part entre ses lèvres et les oreilles de la peste. Tel ceux gravés dans la pierre pour assouvir les incertitudes des pieux et déistes, il n’était pas ponctué d’une interrogation. Il était ferme et immuable. Une vérité, non pas une question. Une certitude qu’il allait lui faire avaler. En temps normal, il aurait fait… quelque chose. Aurait haussé un sourcil, raclé sa gorge, soupirer sèchement. Que son impatience se fasse sentir sans qu’elle ne soit exprimée par des mots. Passif-agressif – pour les rares fois qu’il penchait vers le côté passif de la chose. Mais il était resté silencieux, droit, ne bougeant que pour permettre à son torse de gonfler sous les souffles qui l’habitaient. Regard fixe et perçant mais sans attente. Lui laisser croire qu’il n’en avait rien à foutre qu’elle se joigne à lui ou non. Lui laisser croire qu’il serait capable de la chasser d’un frôlement, comme on chasse une poussière. Qu’elle se sente passagère dans sa vie, et qu’il devienne nécessaire dans la sienne. You’re one twisted fuck, aren’t you, Harker? L’heure n’était plus à se poser des questions de toute façon, il avait déjà essayé de le faire et il avait échoué. Sa vertu n’avait jamais eu la chance d’éclore et, à chaque fois qu’il la sentait vouloir naitre en lui, la vie lui donner une raison de la tuer. C’était trop tard pour lui mais elle. Elle pouvait encore se sauver. Secouer la tête. Se lever et filer vers un sanctuaire où il n’irait pas la rejoindre. Maison de briques.

Le silence se brise avec le bruit effréné de parchemins se frottant les uns aux autres. Et ce n’est que lorsqu’il sait qu’elle ne le regarde pas qu’il se permet un mince sourire. Petite victoire maline et malicieuse. Première poussée vers un abîme dont lui-même ne connaissait pas le fond. Les yeux de l’Anglais surveillent le trajet des mouvements de la rouquine, absorbent sa quasi-panique et s’en réjouissent. Obsessif, presque. Come on, do something. Show me something. Show me you want it. Sa moue change, s’endurcit lorsqu’il sent l’attention de la peste revenir vers lui. Il s’amuse imperceptiblement, toutefois, du fait qu’il ne connaisse pas même son nom. Rien. Ni d’où elle vient, ni ce qu’elle fait, ce qu’elle aime, ce qu’elle déteste. Pas que ça importe. Il feint l’impatience d’un tapotement rapide de ses doigts sur le paquet de cigarettes niché dans sa poche de jeans et, lorsqu’elle se lève, il lui indique la porte d’un mouvement de tête, la laissant sortir devant lui.

Ce geste n’a rien de poli. Il sert une fonction. Celle de l’observer. Prédateur. Ses pas sont lents, lourd, alors qu’il la suit de près. Il étudie sa démarche – hésitation, malaise.  Il examine son corps, de ses chevilles maigres à ses épaules frêles, en passant par la petitesse de sa taille. Sa peau est parfaite, blanche et intouchée. Une neige tout juste tombée sur la plaine. Parsemée ici et là par des taches de rousseur. Des oiseaux.

L’air frais le frappe au visage et il l’inspire longuement, regard se tournant vers la lune toujours basse dans le ciel, caressée par quelques épais nuages, gris sur blanc sur noir. C’est lorsqu’elle se tourne pour lui faire face qu’il prend le temps de vraiment la regarder dans les yeux, d’épier cette peur et cette fascination qui tentent de s’y cacher mais qui échouent. Ses iris effleurent ses lèvres, son menton, puis sans un mot, il défait la fermeture éclair de son veston. Se glisse derrière elle, dépose le vêtement chaud sur ses épaules. L’ajuste brièvement, subtilement, ses doigts serrant tout juste - presque imperceptiblement -  les bras se trouvant à présent dessous avant de s’éloigner d’un demi-pas.


« This is Scotland, not Barbados. It’s cold out. », dit-il, encore tout près, avant de reprendre la marche vers le sentier qui traversait la forêt pour se rendre au village.

Il marche au même rythme que la peste, cette fois, s’adapte à son pas, à sa cadence. L’air vif tapisse la peau malmenée de ses bras de chaire de poule. Mais il n’a pas froid. Il fouille sa poche, en ressort son paquet de cigarette et vient y attraper le reste d’un joint qu’il glisse entre ses lèvres. Il l’allume, aspire, avide, la fumée épaisse et grise et, après l’avoir laissée étreindre ses bronches, la relâche par les narines alors que sa main vient tendre le court bâton de marijuana vers la rouquine. Un test. Un parmi tant d’autres qui furent et qui viendront.


« Sur quoi tu travailles? »

Il la regarde à nouveau et, pour la plus innocente des secondes, profite du doux baiser des rayons lunaires sur sa joue.

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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Dim 27 Aoû - 11:33



Elle a l’impression de s’accrocher à chaque mouvement qu’elle peut percevoir. Et alors que son regard la perce, la creuse, jusqu’à lui donner envie de disparaître, elle sursaute légèrement en apercevant son aîné détacher sa veste. Ses yeux s’écarquillent imperceptiblement, et ses lèvres s’entrouvrent, comme dans une prémonition qui lui semble inexacte. Sans qu’elle n’aie le temps de prononcer un mot, il disparaît de son champ de vision et frissonne de sentir le tissu rugueux contre ses épaules. Elle a envie de protester, et pourtant reste parfaitement immobile, et silencieuse. Ce n’est même pas un geste affectueux, on ne peut le qualifier de tel, et pourtant son coeur s’emballe. Elle souffle, baisse les yeux, profite de ce moment de répit à l’abris de son regard, et se rend compte qu’elle n’arrive plus à le relever. Il lui semble percevoir le contact de ses doigts, et elle s’y rattache autant qu’elle veut l’oublier : elle se sent hors d’elle même, se hait de succomber à si peu. Elle s’éclaircit la gorge, attendant la marche à suivre, l’écoute sans broncher avant de se mettre elle même à la marche, quelques pas derrière lui.

Il lui a imposé son odeur. à chaque pas, elle semble s’élever du tissu noir pour venir lui chatouiller le fond des narines. Dolly est incapable de dire si c’est agréable, ou pas, son ventre se tend d’une ambiguïté déconcertante. Alors qu’elle raccourcit la distance qu’elle a laissé s’établir plus tôt, Dorothy lance un regard vers les bras nus du jeune homme, avant de se reprendre et de revenir fixer droit devant elle. Elle se fait la réflexion, mutine, du fait qu’il puisse marcher au même rythme qu’elle, peu de gens s’y complaignent, tant elle semble n’avoir aucun intérêt pour arriver rapidement ou à l’heure vers ses destinations. Son pas est léger, fait à peine du bruit sur le sentier, et il lui semble qu’elle y fait des efforts pour ne pas perturber le silence qui vient les envelopper. Il sort un paquet de cigarettes, fume. Dorothy pince les lèvres, dans un effort pour ne pas tousser, et l’odeur vient rapidement lui prendre la tête. Seulement, elle ne dit rien, et lorsqu’il lui tend le joint, ses muscles se crispent.

Cela ne la surprend même pas, que la première question soit de savoir ce qu’il attendait de sa réponse, plus que de sa propre volonté. Elle ne peut pas dire non, elle ne peut pas dire oui. Pour briser l’attente qui devient pesante, elle éclate de rire “ah.. non, j’ai un peu la tête qui tourne” elle ne ment pas, se sent tirée d’affaire, croise à nouveau ses bras autour d’elle même. Elle a peur, de ce qu’il va penser. Elle ne devrait pourtant même pas y porter attention. Un soupir s’échappe de ses lèvres, et elle profite de sa question pour oublier son hésitation. “Pour le professeur Lehtonen… Il sait que je voudrai probablement pousser jusqu’à l’Ultimum alors il me donne des travaux supplémentaires, d’un commun accord bien entendu… Je travaille sur l’utilisation de certaines plantes dans la guérison de certains troubles mentaux et leurs répercussions au niveau cognitif… Je me concentre principalement sur la dépression. Pour l’instant. Mais je me perds, car j’ai pris trop large. Pour l’instant ça ne me dérange pas, le temps est bien dépensé.” Elle rit légèrement et dénoue ses bras pour les étirer, un peu plus détendue de parler de quelque chose qui fait monter son énergie. Pourtant, le sujet est tout sauf gai : plus c’est personnel, plus elle l’écarte avec un sourire, de toute façon. “ce qui explique en partie pourquoi nous travaillions dans la même salle. j’étais curieuse de votre sujet de thèse. est-ce que c’est malpoli de le dire ?”

Elle noue ses doigts derrière son dos de façon enfantine. Sa frustration transformée, celle qui ne comprend pas pourquoi les sorciers ne peuvent pas participer à la résolution de ces problèmes, chez les moldus. Elle envoie un caillou plus loin avec sa chaussure. “Je ne sais pas le sujet exact de la votre, j’ai juste entendu.. Des choses.. par là. Alors voilà. Et puis je me souvenais de vous de Poudlard” lance-t-elle dans une nervosité la rendant bavarde. “Désolée” finit-elle par lancer dans le vent, sans trop savoir pourquoi ça lui est venu comme ça.
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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Lun 28 Aoû - 12:55


She said no.

Son refus est subtil. Lâche, même. Une excuse comme celles qu’il entend à tous les jours, dans la voix de ceux qui le méprisent et qui ont pitié de lui, tout à la fois. Un dégoût et une peur qui expriment bien plus que les mots que l’on daigne rarement lui adresser. L’indignation s’installe au plus creux de ses membres. Mais elle n’est pas seule. Une curiosité, une fascination malsaine s’y est accrochée et, ensemble, elles lui serrent le ventre jusqu’à la nausée. Un spasme lui traverse les doigts. Un spasme avide de vouloir empoigner sa nuque pâle. De vouloir lui jeter le joint au visage.  Qu’elle le bouffe, la garce, comme elle lui dévore son attention et sa volition. Les dents de l’Anglais s’accrochent discrètement à l’intérieur de sa joue. Imperceptible, ou presque. Breathe.

Pour toute réponse, il lui offre un hochement de tête et revient fixer le joint entre ses lèvres. Il évite son regard un instant, pour ne plus voir ses yeux parcourir les dizaines de marques et cicatrices qui lui rongent la chair.  Son histoire écrite dans sa peau à coup de seringues. Mais il ne les cache pas, ne les cachera jamais. À quoi bon, de toute façon? Le monde sait. They know what hides in my own darkness. Under my skin and within my veins. They know my failures and my disgraces. What they don’t know is how ashamed I am. And they never will. La haine passe et s’affaisse sous les violences cérébrales qu’il s’impose, et il ne reste qu’un intérêt piqué, viscéral et impossible à raisonner – pas qu’il tenterait d’en faire quoique ce soit, de toute façon. La seule façon qu’il avait trouvé d’apaiser ses vices et désirs, c’était d’y céder. D’où l’invitation. Elle était devenue l’une de ses mille manies, et ni l’un ni l’autre ne savait encore à quel point.

Les yeux d’ambre du brun retrouvent le visage de la peste alors qu’elle lui explique le projet qui semble occuper la plus grande partie de son temps. Il ne retient pas le sourire qui lui chatouille le coin des lèvres et le rire jaune – bas, discret -  qui émerge d’entre elles, accompagné d’un filament de fumée. Of course, songe-t-il en secouant légèrement la tête. Frustré, dépassé, impressionné. La voix de la jeune femme vient s’éteindre et se fondre en une excuse qu’il chasse d’un bref mouvement de la main dans sa direction. C’est pas la peine, surtout pour quelque chose d’aussi banal. Il n’avait jamais cru en demander pardon. Ça ne sert à rien. Une perte de temps et de souffle, et souvent si peu sincère. If people were that sorry, they’d shut up and do something about it. Sorry is for when you feel so terrible you can’t stand yourself. Sorry is when you’re begging for forgiveness. Not for talking too much.

Phillip reste silencieux un instant, rassemblant ses idées et profitant de l’étreinte paisible de la marijuana sur ses neurones. Il éteint le bout rougeâtre du joint d’un pincement vif et solide et le remet dans le paquet, qui retrouve vite sa place dans ses poches.  Autour d’eux, la forêt s’épaissit et, malgré le sentier sur lequel ils marchent, la nuit devient plus noire. D’un demi-pas, il s’approche d’elle. Bras effleurant le sien, comme un coup de vent.  


« Je travaille sous Randolph. Sujet semblable, comme tu l’as soulevé, ça n’est pas surprenant qu’ils nous fassent partager un bureau. J’étudie le phénomène de l’auto-médication via les drogues récréatives pour traiter les problèmes de santé mentale. And I’m trying to further that research by finding ways in which these drugs or narcotic plants - or combination of plants and drugs - could legitimately help control or cure symptoms.  »

Au loin, la lueur bienveillante du village commence à se faire voir à travers la densité des arbres et du sous-bois. Il le remarque, comme il remarque sa propre loquacité. Sa civilité synthétique se fait voir, comme son humanité. His edges aren’t as sharp, even if just for a moment.

« C’est… controversé, disons, mais semblerait que l’on apprécie ma contribution. »

Euphémisme. Son génie fascinait plus que son humeur effrayait, et c’était bien là la seule raison pourquoi il était toujours autorisé entre les murs de l’université. Même si, à ses yeux, les gens avaient pitié, sans plus. La tête de l’Anglais se tourne et se penche légèrement vers la rouquine, et sur son visage, un fin sourire perdure. Confiant et intrigué, comme le regard qu’il vient imposer aux yeux de celle qui le rencontre.

« Is that what you’ve heard? »

Il marque une pause mais, avant de la laisser répondre, il ajoute, le même air détestable, impérieux et ensorcelant au visage :

« And as for Hogwarts, I’ve been told I tend to make a lasting impression…»

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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Ven 1 Sep - 13:27



Elle parle, elle parle. Elle meuble, surtout, cette drôle d’impression qui se balade sous sa peau. L’écarter, l’oublier, sourire et brise le silence de paroles insignifiantes. Elle a presque envie qu’il n’y réponde rien, qu’il passe outre ce qui se déverse d’entre ses lèvres. La honte vient la chatouiller, et son visage se ferme un peu après son excuse, comme une enfant prise sur le fait. Dolly a l’impression d’être rentrée sans faire exprès dans une classe d’un niveau plus élevé, et elle regrette presque le fait d’avoir répondu aussi vivement à son invitation. Le creux de son ventre, pourtant, s’anime de frissons qui la renforcent dans sa décision, et elle écarte d’un revers de main ce paradoxe qui commence à l’embêter. La jeune femme acquiesce, face aux explications de Philip. Elle n’avait pas imaginé qu’il prendrait la peine de faire plus d’une phrase complète pour elle, et se sent curieusement reconnaissante de tant de bonté. Elle prend un rien pour se contenter.

Il se penche vers elle. Ses poils se redressent, et elle relève le regard, dans un réflexe qui la perd. Il sourit. Ses boyaux se tordent, et elle ne peut pas détourner les yeux, qui oublient de cligner. Elle ferme rapidement sa bouche, consciente de son air de poisson hors de l’eau, et retient sa respiration. Elle cherche, quoi répondre, dans un empressement étouffant, avant de se faire devancer, à nouveau. Finalement c’est à elle. Elle en a oublié sa réplique.

Pour reprendre ses esprits, elle fait un pas en arrière, établir une distance de sécurité, se laisser souffler. Elle adresse un sourire gêné à Philip et marche un peu plus loin, l’air un peu coupable, la sensation d’avoir fait quelque chose qu’il ne fallait pas. Elle s’éclaircit la voix. Regrette la nuit qui ne la rassure pas. Heureusement, les lumières sont visibles non loin, et elle sait que sa gêne s’évanouira bientôt. Elle l’espère, tout du moins. “Ah ?” finit-elle par dire, avec un demi sourire, en réaction à sa dernière phrase “c’est fréquent, les anciens camarades qui viennent vous adresser la parole avec des étoiles dans les yeux ?” elle rit doucement “beaucoup de femmes, sûrement” ajoute-t-elle à demi mots. Elle ne doute pas de sa popularité auprès de la gente féminine : en effet, il a tendance à s’imprimer dans l’esprit des gens. Elle se rappelle d’amies à Poufsouffle, qui chuchotaient souvent à son sujet. Sûrement comme le bad boy des films moldus.

“ne croyez pas obtenir quoi que ce soit de moi grâce à ça.” dit-elle d’un air blagueur, pour essayer de détendre l’atmosphère qui lui pèse. Il ne manquerait plus qu’il se rende compte de l’effet qu’il a sur elle, effet qui jusqu’à maintenant n’a aucun sens ou base logique. Elle accélère le pas, pour être baignée des lumières dans une chaleur réconfortante. Le bruit des conversations bourdonne jusqu’à eux, dans une rumeur lointaine, et elle soupire un peu, comme revenue d’un long voyage.
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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Dim 3 Sep - 20:44


I wanna watch the way you creep across my skull

Oh, my… What do we have here?

Il connait l’effet qu’il peut avoir sur les gens. Effet contradictoire et soudain, bien que prévisible. Il connait la luxure des yeux et des lèvres d’un être avide de son vice et de ses drogues. Il connait la brûlure d’ongles plantés dans sa nuque, sur ses fesses, de morsures affamées contre son torse. Il connait les supplications de ceux et celles qui n’en ont jamais assez. Il connait aussi le dégoût d’une moue répulsée, l’acide des mots qui se veulent blessants. Il connait la peur d’un regard fuyant, l’inconfort d’un pas qui s’accélère, le malaise face à tout ce que les gens savent déjà de lui. C’est l’un ou l’autre. Les zones grises s’effacent lorsqu’on le confronte, pour ne laisser derrière que le noir le plus profond et le blanc le plus pur. Et au fil du temps, le brun a su trouver un réconfort dans ces attitudes familières. Ça n’était généralement pas bien long avant que Phil puisse prévoir le genre de relation qu’il aurait avec ceux qui croisaient son chemin. D’une façon ou d’une autre, ce serait éphémère, passager. Une tempête. Qui vient, qui détruit, qui s’éteint. There is comfort in knowing that both the hatred and the passion are meant to end.

Mais la Peste, elle, ne semble pas répondre à cette constante. La Peste est insidieuse, sans vraiment le vouloir. Elle se faufile, discrète, silencieuse, voire timide. Elle est subtile, ne s’annonce pas, parle à peine au-dessus d’un murmure. Mais malgré tout, elle s’impose et se fait voir. Parce qu’elle n’est pas comme les autres. Elle ne se jette pas dans ses bras, elle ne le rejette pas. Et pourtant, elle le veut autant qu’elle en a peur. It’s written all over her face, a magnificent conflict that I’ll gladly keep feeding. Until it drives her crazy. All that’s left to see if how long she’ll last.

Le sourire de l’Anglais s’élargit au fil des mots de la rouquine dans un air à la fois amusé et surpris, tant qu’il en laisse un rire bas et sincère s’échapper de sa gorge. Il secoue légèrement la tête, sa main effleurant la base de sa propre nuque alors que ses yeux passent de la Peste au ciel, qui se dégage lentement de l’étreinte des branches planant au-dessus d’eux.  Ses dents s’accrochent un instant à la chair de sa lèvres inférieure avant qu’il ne reprenne parole.

« Ça n’est généralement pas ce qui se passe, non. L’impression qui persiste n’est pas positive. Ou si elle l’est, on ne m’en fait pas part. Luckily, I couldn’t care less. »

Le pas de Phillip passe au-dessus d’une racine traversant le sentier et, alors qu’il le note d’un ``Watch your step`` presque attentionné, il vient poser sa main contre le dos de la jeune femme. Toucher fugace, fugitif, à peine arrivé déjà achevé. Il reprend la parole et, cette fois, alors que leurs visages se retrouvent éclairés par la lumière chaleureuse d’une rue animée, il accroche le regard de la Peste du sien et ne le laisse pas s’échapper.

« You’re the first one in quite a long time. For better or for worse. But I don’t mind the starry eyes. »

Premier éclat de flirt. Bref, subtil, modéré et calculé. Don’t show her how much you crave that attention, how much more you need from her. Un souffle vient habiter son tronc avant qu’il ne les dirige vers une autre rue d’un signe de tête, s’éloignant ainsi de la Banshee Hurlante. Il sait exactement où trouver cette intimité qu’il recherche – c’est lui qui l’a créée.

« T’as déjà entendu parlé du Bloody Ghoul? »

Spoiler:
 

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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Lun 4 Sep - 5:17



Détaché de tout. Il l’impressionne. Elle l’envie un instant, dans l’indépendance de son existence, et la façon dont il laisser passer son regard au dessus de tout sans jamais s’arrêter sur un élément en particulier. Rien ne semble l’atteindre. élégant paradoxe avec les traces sur sa peau : le concept vient piquer sa curiosité et sans s’en rendre compte, son intérêt n’en est que décuplé. Dorothy n’a jamais considéré son propre esprit particulièrement compliqué : elle s’est installée et se complait dans une simplicité qui la laisse naviguer dans sa vie sans encombres. Au fil des années, elle a mis en place des stratagèmes (pourrait-on vraiment l’appeler manipulatrice, d’utiliser la bonté pour échapper à toutes remontrances ?) qui lui permettent d’être totalement… en sécurité. D’une certaine manière, elle est persuadée que rien ne peut lui faire du mal, également. Avec les gens (ceux qu’elle connaît, en tout cas), elle a réussi à capter assez des règles sociales pour en retirer ce dont elle a besoin. le processus est majoritairement inconscient, et lorsque son esprit met le doigt dessus, elle écarte rapidement ce fait qui la dérange trop. Une spontanéité feinte ? Elle n’en sait rien. ne sait même pas si qui que ce soit peut être totalement lui, de toute façon.

Elle est arrêtée dans sa réflexion par une main dans son dos. Des muscles dont elle ne soupçonnait l’existence se tendent sous le contact, et elle se mord un peu plus fort l’intérieur de la joue, jusqu’à craindre d’en saigner. Sa main est aussi vite partie qu’arrivée, et pourtant, son empreinte semble imprimée. Elle pourrait en tracer les contours du bout de l’index. Il s’infiltre, l’air de rien, la fait douter de sa non implication dans son cas particulièrement. Elle se balance au bord, une délicieuse envie d’y croire, de prendre les indices parsemés comme des miettes et d’en faire une miche de pain. Il ne lui laisse jamais le temps d’aller plus loin, peut-être se rend-il compte que ses interventions la laissent dans un flottement, à nu ?

He doesn’t mind. elle en frissonne, détourne le regard, suit ses pas à nouveau, se frotte l’avant bras sans s’en rendre compte, d’une allée et venue de son doigt préoccupé. Ils passent la banshee hurlante, et elle craint de tourner la tête, de lui montrer qu’il n’a pas remarqué la porte. Sûrement parce qu’au fond, elle sait qu’il n’a pas du tout omis quoi que ce soit. Il a une autre idée en tête, voilà tout. à sa question, elle secoue la tête de droite à gauche. Elle ne s’est pas trompé. The Bloody Ghoul.. Peut-être qu’on lui en a déjà parlé, mais si tel est le cas, elle a vite effacé l’information de son esprit, ne la jugeant pas pertinente. ça ne doit pas être un bar, elle le saurait, ses amis l’y auraient emmené, sûrement, non ? Son visage se ferme, dans sa réflexion. Et finalement, elle se dit que le plus simple est de demander. “C’est un restaurant ?” plus simple qu’une interrogation directe, elle se protège un peu plus. “je crois que je ne suis jamais passée par cette rue. je pensais qu’il n’y avait rien ici… j’espère que ce n’est pas une plaisanterie…” Elle souffle. Quelques personnes passent à côté d’eux, mais ils n’ont pas bonne mine. Peut-être que c’est un bar après tout. Un de ceux dans lesquels les gens viennent plus seuls qu’accompagnés. Qui sait.

Elle a envie de partir. Mais le désir de découvrir ce qui se cache derrière le nom est beaucoup plus important. “tu es responsable de moi.” dit-elle, scrutant l’obscurité pour détecter l’entrée de l’établissement. Elle ne s’attend pas tant à ce qu’il la rassure, même si une partie d’elle l’espère. “si tu me fais une mauvaise blague je ne te le pardonnerai pas” susurre-t-elle comme si ses paroles avaient un quelconque impact. Elle n’a même plus contrôle de la destination: il a les rênes, elle ne peut que suivre, jamais mener, plonger dans un inconnu aussi effrayant qu’enivrant.

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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Jeu 7 Sep - 17:33


« You’ll just have to see, now, won’t you? »

Sa question est rhétorique. Flotte dans l’air autour d’eux, enveloppe leurs tympans, vient enlacer l’imaginaire de la rouquine qu’il devine déjà complètement offerte à sa volonté. Dans la mesure du raisonnable, bien entendu. Fût un temps où il l’aurait déjà avalée, toute entière, avec la rudesse qui était typique à l’époque. Sans égard pour ses hésitations. Il aurait mordu sa main tendue, l’aurait pressée à lui, étouffant et affamé. L’expérience, les remords et les regrets avaient sculptés son roc pour en faire du marbre. Lisse, froid, subtil, attrayant. On ne change pas la nature de la chose. On change ses manières, ses mécanismes, ses pulsions, même. Mais on ne change pas sa réalité. Toujours dur. Toujours immuable, inébranlable, puissant. Différent, seulement.

Quelques pas encore les mènent à une ruelle un peu éloignée du centre du village mais toujours relativement fréquenté. Au détour d’un coin, une affiche pendue au-dessus d’une grande porte de bois sombre fait danser les mots « The Bloody Ghoul », éclairs lumineux rouges et violets scintillants sur le mur externe de la bâtisse. On fait la file devant les portes. Pas une foule, mais une vingtaine de personnes de tous les genres. Un mec à l’air louche, un groupe de jeunes femmes tout à fait désirables, voire provoquantes, deux étudiants réputés timides qui, ce soir, semblent afficher des couleurs différentes, trois-quatre quidams tous plus uniques les uns que les autres. Cimetière de moules brisés, d’attentes délaissées.  L’Anglais ne se place pas au bout de la lignée de gens mais les dépasse, saluant quelques personnes d’un signe de tête. Le blond baraqué gardant l’entrée tel un titan mythologique brise sa moue rigide lorsqu’il le voit et ouvre la porte sans un mot, la refermant derrière eux d’un même geste.

La sonorité épaisse et pénétrante de la musique lounge fait vibrer l’atmosphère à l’intérieur de l’établissement, sans pour autant en être assourdissante. L’obscurité se fend sous les rayons incandescents de phares colorés et dansants, du plafond au sol, guidant les mouvements de ceux ayant trouvé refuge sur le plancher de danse. Un sortilège curieux, d’ailleurs, rend la musique plus forte lorsqu’on se trouve dans cette section du bar, et tamise encore davantage les lumières à cet endroit. Question de favoriser la conversation pour ceux qui n’y sont pas.

Il lève une main vers la Peste, puis un doigt. Signal silencieux. Wait here. Il s’éloigne d’elle pour aller échanger quelques mots avec la jeune femme derrière le bar. Des indications bien simples. Il est là pour la soirée, en tant que client, et s’attend à ce qu’on le serve comme tel. Service exceptionnel, rien de moins. Il pose quelques pièces sur le comptoir, adresse un regard entendu à la barmaid puis lui tourne le dos pour se rapprocher de la Peste. Sa main retrouve sa place dans le creux de son dos. Sa place.

Ils se retrouvent vite devant deux grands fauteuils de velours violet, séparés par une table à café de fer forgé et de verre, sertie d’un menu de boissons. Ses paumes naviguent le long du dos de la Nihm pour se poser sur ses épaules, ses pouces effleurant sa nuque fine alors qu’il enlève le veston qui la gardait au chaud. Le pose sur le dossier d’un des fauteuils.

God, I want to kiss her. Son parfum l’enivre, lui tache la peau. Sou cou l’appelle, ses épaules pâles tout autant, sinon plus. It would be so easy. Too easy. Calm yourself, Harker. Take your time. Savour every second of this and trust that she'll give in to you.

Il se penche vers elle. Le temps semble s’arrêter, tout juste, pour qu’elle l’écoute. Pour qu’elle lui donne son ouïe, pour qu’elle n’entende que sa voix. Pas les sons de basse profonde ondulant contre les murs, pas le murmure des gens discutant et dansant dans le bar. Juste son ton. Sirupeux, onctueux, dégoulinant de promesses tues.

« Do you forgive me? »

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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Ven 8 Sep - 14:01



Elle a du mal à interpréter les signes. Son esprit est embrumé, l’aisance avec laquelle elle se meut n’est pas celle dont elle a l’habitude. Dolly est électrisée, de ce sentiment dangereux qui vient danser au creux de sa poitrine, celui qui l’enserre un peu plus à chaque seconde pour ne lui donner aucune chance de sortie. Elle ne regrette plus. En passant la porte, les doutes s’envolent, elle s’abandonne à son coeur battant, ses joues s’empourprent. Il ne lui répond pas, elle parle dans le vent, chaque mot sorti de ses lèvres lui amène une nouvelle interrogation, une nouvelle crainte, un nouveau désir. Elle se laisse guider. C’est étrangement agréable, de donner son libre arbitre au premier venant : mais s’il n’était que ça, peut-être serait-elle déjà bien au chaud chez elle, le nez fourré dans un livre, à l’abri de tout mouvement de l’âme.

Dolly n’accorde aucun regard aux personnes qu’ils dépassent, comme par un interdit inné, et ses épaules se redressent même un peu dans sa marche. Elle se sent spéciale, c’est à elle qu’on a mis la couronne, et dans cette place qui ne semble moulée que pour elle son esprit virevolte, ses muscles se détendent et tous les signaux s’évanouissent. La musique lui chatouille les tympans, et son regard devient brillant, de celui d’une petite fille qui a envie de tout voir et tout toucher. Elle n’a pourtant pas le droit de s’échapper, et elle le comprend inconsciemment, sagement menée par Phillip qui vient reposer une main dans son dos à nouveau. Elle frissonne, ignore la tension dans son bas ventre et savoure, persuadée du caractère éphémère d’une telle aventure.

Elle se tend à son contact, retient sa respiration et ferme à demi les paupières lorsqu’il se penche vers elle. Au lieu d’un réflexe de fuite ou d’écart, son corps a envie de plonger en avant, et elle ne parvient tout juste qu’à rester parfaitement immobile, dans un stoïcisme à faire pâlir les statues. Ses mots coulent, s’échouent au loin et elle s’arrête à nouveau. Dorothy ne comprend pas. Le pardonner de quoi ? La question ne veut pas passer ses lèvres. Il lui semble sentir l’écho d’une douleur future remonter le long de sa colonne vertébrale, dans un présage déconcertant, mais bien vite, elle décide d’y rester aveugle.

Elle ne sait pas à quoi elle dit oui, mais sa tête vient acquiescer doucement. Se dédouaner de toute responsabilité, au cas où on l’accuserait de complicité. Elle est parfaitement ignorante. Se le répète, une fois, deux fois, dix fois avant de venir prendre place sur le fauteuil de velours, celui même où il a posé sa veste. Son regard monte vers Phillip, son cou se tord avec beaucoup trop d’envie, pour fixer d’en bas celui qui l’a arrachée à son engourdissement. Elle souffle à nouveau, laisse à ses poumons un peu de répit, attend que le jeune homme vienne faire face à elle, lui donne un peu d’espace, une distance de sécurité. “Est-ce que tu connais au moins mon nom ?” demande-t-elle, impudente, pinçant les lèvres dans une moue enfantine. Ses doigts viennent reposer sur le bras du fauteuil, et elle caresse le velours distraitement. Dolly s’éclaircit la voix, dans une gêne qui vient la reprendre par surprise. Son regard part sur le côté. “ce n’est pas la même ambiance que la Banshee Hurlante.” Elle se sent détonnante, hors de son territoire, intruse. “tu t’es peut-être trompé de compagnie” ajoute-t-elle finalement, relevant le regard vers lui.
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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Sam 9 Sep - 11:50


Spoiler:
 

Elle est aussi douce et parfaite qu’une dentelle d’héroïne valsant dans ses veines. Enlace son acétylcholine, relâche sa dopamine, embrasse son âme. Endorphines manquant cruellement à son existence. Parfum, phéromones. Ou juste une envie qui va bien au-delà de ce qu’il se permet de comprendre. Parce qu’il n’est pas assez con pour céder à ces envies passagères de, peut-être, un jour, calmer la tempête qu’il a pour cœur. Il ne la touche même pas. Ses mains flottent à leurs côtés, pouces tendus vers ses hanches mais discrets. Il l’inspire, sans plus. Et pourtant. Ce souffle lourd de promesses l’exalte et le fait vibrer, bien plus que la musique. It’s idiotic. I don’t know her. I’ve just… Seen her. Lusted for her. Wished for her presence and for her to leave, both at once. For fuck’s sake, I don’t even know her name. And, for a moment, she gives me the illusion that all is well. That I’m where I’m supposed to be. Here. With her.

Le silence de la Peste répond à sa question ; oui. Elle le pardonne de l’avoir emmené dans un endroit qu’elle ne connaissait pas, d’avoir poussé les frontières de son confort, de l’avoir incitée à lui faire confiance. Elle le pardonne de s’être fait marquant. Comme il la pardonne de s’être faite aussi tentante, consciemment ou non. Le pas qu’il prend vers l’autre fauteuil l’écorche presque, mais il n’en laisse rien paraître, s’éloignant jusqu’à venir s’asseoir en face d’elle. Il reprime l’envie de pousser de côté la table basse qui les sépare mais vient, au lieu, attraper le menu de cocktails qui s’y trouve. Simple distraction, il sait déjà ce qu’il veut boire. Mais il le feuillette quand même, meuble le silence qui, avec chaque seconde passante, se gonfle. Orage au loin, sourd mais lascif.

Un sourire vaguement amusé et espiègle courbes ses lèvres lorsqu’elle parle et, lentement, il lève son regard vers elle. Mais cette fois, il l’observe et la regarde sans pudeur. La fouille, la sonde. Trace les contours de son visage du bout des yeux, comme s’il le faisait avec ses doigts. Imagine un instant le goût du creux de son cou, le sucre de sa bouche. Il capte le mouvement de ses doigts sur le bras du fauteuil et les sent presque sur le sien, y effleurant les marques de son chaos. Et lorsqu’il la regarde finalement dans les yeux, il se sent un peu mourir.

« I choose my company very carefully. This isn’t a mistake. »

Il pose le menu sur la table et, dans un même mouvement, se lève puis s’approche de la Peste. Il plane au-dessus d’elle un moment. La regarde d’en haut, sa cuisse effleurant le bras du fauteuil qu’elle touchait un peu plus tôt. Puissance enveloppante et sans effort. Puis il s’accroupit à ses côtés et lui tend la main. Attend qu’elle la prenne et la serre. Force et chaleur se nichent entre leurs paumes jointes. Son pouce, lui, se fait câlin, chatouiller l’arc de sa jointure. Et son regard s’accroche au sien comme s’il pourrait crever d’y dévier.

« My name is Phillip. And you are…? »

Cœur cognant contre sa cage thoracique, calqué au rythme de la basse.

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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Mar 19 Sep - 6:25




Elle détourne les yeux, fuit. Là où le regard du jeune homme se pose, elle sent ses poils se hérisser, la chaleur se déplacer le long du trajet, elle aurait envie de lui attacher un bandeau autour des yeux. Elle n’est que rarement dans un état pareil, et se perd à essayer de comprendre l’effet qu’il lui fait : un peu plus et elle en serait à se questionner sur un possible sortilège, une potion qu’il lui aurait fait avaler à son insu, une odeur pour dérouter les sens.. N’importe quoi, quoi que ce soit de logique, satisfaire ce petit insecte qui creuse sans trouver ce sur quoi se mettre la dent. Aucune pudeur. Elle n’est pas sûre du degré de conscience qu’il pourrait avoir en la détaillant ainsi, et Dolly, dans un soubresaut de courage enfoui, relève le regard. Pas assez bien calculé, peut-être trop bien, son ventre fond à rencontrer ses pupilles. Elle souffle.

Il est bien, pourtant, à cette distance. Sa respiration s’interrompt à nouveau, lorsqu’il décide de se dresser, prenant toutes ses supplications pour une preuve, peut-être, d’un désir caché de son inverse. Elle se mordille l’intérieur de la lèvre inférieure, tente de garder son calme, de contrôler son corps, son esprit, qui tour à tour divaguent et se posent bien trop brusquement. Ses mouvements sont félins, elle ne sait pas si c’est illusion que de voir une telle lenteur dans chacun de ses gestes, et elle reste un moment interdite face à sa main. Elle vient la rejoindre avec un empressement qu’elle regrette bien vite, mû par une peur ou une fièvre qui s’en approche, et laisse ses doigts s’engourdir. Il parle. Elle acquiesce.

“Dolly.” murmure-t-elle, avant de se reprendre rapidement “Dorothy.” Elle n’ose imaginer un degré de proximité tel pour qu’il l’appelle par son surnom, se sent présomptueuse d’avoir laissé le mot lui échapper des lèvres. Elle est bien, là. Elle est mal. Elle veut retirer sa main. Elle brûle. C’est confortable. Dans cette posture, il a tout l’air d’un vaillant chevalier, un autre l’aurait fait qu’elle aurait ri, sûrement, se serait permis une pensée du genre “c’est ridicule, mais que fait-il ?”, mais là, rien de tel. ça ne lui vient même pas à l’esprit. Elle reste un long moment silencieuse, sans s’en rendre compte, sans presque battre des cils. Finalement, la vie semble reprendre part de son corps et elle sursaute imperceptiblement. “Je suis flattée” répond-elle bien trop en retard, comme dans une pensée qui s’est perdue et est soudainement remontée à la surface. Son choix de mots est maladroit, elle ne voit pas comment elle pourrait l’exprimer, ce sentiment qui l’habite et qui lui fait relever les épaules autant que baisser les yeux. “C’est la première fois que je viens dans ce genre d’endroit” ajoute-t-elle, pour combler le silence qui lui semble maintenant pesant. Malgré la musique, qui la caresse curieusement dans le sens inverse du poil. “ce genre d’endroit”. Elle ne sait même pas ce que ça veut dire. Elle est déjà venue dans des bars. Sûrement se réfère-t-elle à l’ambiance. Qui l’enveloppe, dans un sentiment de nudité masquée qui lui est inconfortable. “Are you a regular ?” finit-elle par demander, incapable de lire entre les lignes, de comprendre sa place exacte dans le lieu.



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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Mar 19 Sep - 16:54


Il sent la fébrilité de la jeune femme qu’il a sous la main dans chacun des souffles de celle-ci, dans chacun des micromouvements indécis et hésitants de ses yeux noisette. Il vient tout juste d’en remarquer la couleur, d’ailleurs. L’ambre de son propre regard s’attardant sur les éclats verdâtres qui dansent dans celui de la Nimh, parfois caressé par les piliers de lumière colorée naissant du plafond. Il la sent frémir, chanceler dans le creux chaud de sa paume. Une fleur de matin d’été. Tout juste cueillie et arrachée à sa terre indigène, vulnérable mais pleinement éclose, affichant une fragile arrogance.  Presque trop belle ainsi pour être écrasée, malgré la pulsion animale qui lui fend les reins et le ventre, malgré les muscles de ses doigts qui veulent se resserrer sur sa peau. Eros et Thanatos entremêlés, instables amants.

Son prénom lui tombe dans l’oreille telle une chanson. Lui roule dans la tête comme il allait rouler sur sa langue dont il presse la pointe sur son palais comme s’il le prononçait déjà. Dolly. Perfect Dolly. Pretty Dolly. Come play, Dolly. I’ll let you play with me if I can play with you first. I’ll make you dance, Dolly. L’Anglais lutte contre l’appel de la peau de la jeune femme, se contente d’imprégner dans sa conscience la sensation de sa main contre la sienne. Frêle et mince mais légèrement rugueuse. Une main qui travaille. Une main aux ongles plutôt courts. Il se souvient de l’avoir vue dans un jardin, terre brune et moite entre ses doigts. Heureuse, appliquée, attentive. Comme s’il s’agissait de son chez-soi, de son nid. A home made of soil and leaves. Sa passion se reflétait dans la froide rudesse de ses phalanges.

A piece of me is falling.

« It’s a pleasure to make your acquaintance, Dorothy. », dit-il en un souffle rauque avant de se redresser lentement, son pouce serrant un tant soit peu la main de la rouquine puis la libérant alors qu’il vient se rasseoir dans le fauteuil lui faisant face. Une froideur s’installe sous son sternum. Something is missing. The briefly filled void grows once again.

Il rattrape le menu de cocktails et n’en lève les yeux que lorsque la Peste parle. Il ne l’ignore pas. Seulement, il ne parle pas lorsqu’il n’a rien à dire. Il hoche la tête. Peut-être. Presque imperceptible, signe qu’il l’a bien entendue. Il vient éventuellement se pencher vers l’avant pour lui donner le carton où sont décrites les choses à boire puis, son dos s’appuyant à nouveau contre le dossier du siège, il porte son regard au loin, lève la main devant ses yeux et, d’un bref mouvement de deux de ses doigts, somme une employée naviguant entre les tables de venir les voir. Elle est jolie, une brunette un peu ronde aux yeux pers, habillée d’une robe aux genoux noire dont les manches longues et le dos sont en dentelle, bottillons lacés à talons hauts aux pieds.

« Fancy seeing you here, Harker. The usual, I suppose? », dit-elle, le ton légèrement teinté de surprise mais tout de même agréable.

« Yes, and keep them coming. I’d also like you to get my guest whatever she wants, any time she wants it, understood? », répond-il, ferme et clair, sans en être malpoli. Son assurance et son aise se reflètent dans chacune des syllabes qu’il prononce.

Une fois la commande de Dorothy notée, la jeune femme jette un bref regard entendu à l’Anglais, puis après les avoir remerciés tous les deux d’un sourire, se dirige vers le bar. Phillip la regarde s’éloigner, une pointe d’exaspération lui serrant la mâchoire. De quoi elle se mêle, au juste, celle-là? Il maudit silencieusement le manque de subtilité de la serveuse. Bien qu’il soit vrai qu’on ne lui connaisse pas de douce moitié et qu’on le voit rarement accompagné, ça n’est pas une raison pour en faire un spectacle. Il prend un souffle. Ses doigts cessent de tapoter, agités, sur le bras du fauteuil. Se calment et l’étreignent alors que ses yeux retrouvent leur juste place contre les iris de l’étudiante assise devant lui.

« I own it. Well, half of it, anyways. » Il évite de mentionner qu’il y habite – maybe one day she’ll find out. I wouldn’t want to scare her off. Not yet. « Opened it a few years ago. It’s been do… »

C’est alors qu’il a la bouche entrouverte qu’on les interrompt, deux verres venant se poser devant eux, sur la table basse. Service efficace, en effet. Mais Merlin qu’il déteste qu’on lui coupe la parole. Il ne cherche même pas à dissimuler son agacement, jette un regard de travers à la jeune femme bien qu’il la remercie. Elle n’en fait rien – les humeurs changeantes de son patron lui sont bien connues – puis retourne servir ses autres clients. Et d’ailleurs, ça ne prend rien de plus au brun qu’une gorgée de son Jack Daniels and Coke pour que ses nerfs s’apaisent. L’alcool lui coule dans la gorge avec facilité puis, ses épaules larges bien calées contre le coussin de velours derrière lui, il parle. Sa voix est rugueuse, grisante. Transperce l’air autour d’eux, tout comme il a l’intention de lui transpercer le cœur.

« Tell me why you came here. With me. »

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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Ven 22 Sep - 12:55



Elle frissonne d’entendre son nom de ses lèvres, se tend de la distance qu’il crée à nouveau entre eux. Elle ne sait se décider, incapable de faire sens de ce qu’elle veut, ou fuit. Ses yeux suivent son mouvement, ses poumons respirent à nouveau, libérés d’un poids, et bien vite un léger sourire vient se poser sur ses lèvres. Contentement, gêne, plaisir coupable, elle s’éclaircit la voix en essayant de faire retomber ses commissures. Sa confiance en elle frôle le sol face au manque d’intérêt qu’il lui accorde, et elle n’en est pas énervée, à part contre elle même, d’être incapable de sortir quoi que ce soit d’intelligent ou qui lui montrerait qu’elle mérite d’être regardée. Ses mains viennent se reposer sur ses genoux, ses épaules se referment, et bientôt ses ongles viennent marquer des demi lunes dans ses cuisses. Elle ne sait que faire, où regarder, décide de se taire à nouveau, dans ce silence qui tend chacun de ses membres. Son esprit tente de fuir, elle se perd dans des pensées qui filent bien trop vite, pour l’emmener autre part, à un endroit où elle se sentirait accueillie, à sa place, au lieu d’une intruse.

Il lui passe le carton, et elle a beau le parcourir des yeux, elle n’arrive pas à lire. Les mots ne se logent pas dans sa tête, et elle relit les noms et les descriptions sans parvenir à en faire sens, comme une idiote. Elle finit par décider, devant l’urgence, de choisir au hasard, ferme les paupières une seconde et les rouvre, choisissant la première chose qu’elle voit. Bien. La tension baisse un peu, au niveau de son sternum. Elle relève les yeux lorsque l’employée est à leurs côtés, tente de chercher dans son regard un peu de réconfort, dans la présence féminine un peu moins menaçante, mais repart le ventre vide. Un crispement agréable de ses entrailles vient la faire se redresser, de ce pouvoir qu’il lui accorde de part sa position d’invitée, et elle commence à fuir le regard qu’elle cherchait avidement il y a quelques secondes, dans cette culpabilité de quelqu’un qui ne se sent pas méritant. Rapidement, elle lève la carte et montre la boisson à la jeune femme, sans même se rappeler tant ce que le hasard lui avait désigné, prête à gérer quand la commande arrivera devant ses yeux. Elle entend les doigts de Philip contre le bras du canapé, ou tout du moins s’en convainc en en suivant le mouvement, ajoutant à sa propre nervosité.

Elle n’a rien remarqué de spécial, dans une naïveté et une candeur qui la parent, un stress qui l’empêche d’utiliser ses sens à bon escient, une inconsciente envie de ne rien comprendre. Dolly ne peut s’empêcher de relever le regard pour venir fixer son visage, entrouvrant les lèvres dans la surprise, lorsqu’il lui apprend qu’il est propriétaire. Elle referme vite la bouche, pour éviter d’avoir l’air stupide. Jamais aussi consciente de chacune de ses pensées, chacun de ses gestes, elle a mal, en dehors d’elle même. Elle sourit sans s’en rendre compte, de l’esthétisme de la boisson qui est posée devant elle, ratant une interaction non dite entre les deux autres personnages, les yeux plongés dans le violet pastel qui vient la calmer légèrement. Elle attrape le verre et vient le renifler, oubliant un moment la présence de Philip face à elle. Bunny. Voilà le nom. Elle est contente de son choix. Aussi sucré qu’elle.

Elle y trempe ses lèvres, dans un oubli plaisant, avant de se stopper dans son geste, ramenée à la réalité par la voix du jeune homme. Elle laisse le verre contre sa bouche, relève le regard vers lui, hait sa question, le hait lui, tremble. Que peut-elle dire. Elle n’en sait rien, s’en veut de céder à des désirs trop humains à son goût, de suivre ses entrailles, des signes physiques peu équivoques, une agitation, un manque. Elle profite de sa position pour prendre du temps, réfléchir aux mots, mais ils se mêlent, et après même sa première gorgée, elle n’est pas plus avancée sur ce qu’elle va lui dire. Elle repose le verre sur la table. “Je.. Je ne sais pas…” Elle évite, du regard, des mots, des pensées, laisse échapper un léger rire gêné, s’en veut, relève le regard, le laisse filer entre ses cils. “Tu ne m’as pas laissé le choix” Elle se dédouane de toute responsabilité, dieu qu’elle est forte, pour prendre les portes de sortie, ne jamais regarder les choses en face. Est-ce qu’il attend qu’elle lui avoue ce dont elle n’a pas conscience ? Ou devrait-elle faire dans la simplicité, lui dire qu’elle se sent comme une adolescente, temps qu’elle n’a pas vraiment quitté après tout, puis rire comme une idiote, détourner le regard, rougir, passer une main dans ses cheveux ? Ce n’est pas si différent de son comportement jusqu’à présent, et cette prise de conscience lui donne la nausée, elle est ridicule. “Et j’en avais envie” finit-elle par lâcher, reprenant son verre pour excuser son regard fuyant, à nouveau. Une gorgée. Elle soupire, trop longuement. Ses muscles se relâchent un peu, ça se sent sur son visage, dans sa posture. Celle de quelqu’un qui accepte peut-être de se mettre dans la paume d’un autre. “Je l’attendais” murmure-t-elle presque. “Pas spécialement cette situation, là… Pas spécialement un moment comme ça.. Juste..” Que tu me regardes, que tu me remarques, que tu me donne vie par ton attention. Elle frémit de honte. Ne sait comment terminer sa phrase. Panique. “Qu’on ne soit pas étrangers dans une même pièce, c’est tout. Tu m’en as donné l’opportunité, je ne voyais pas de raison de refuser.” Mensonge, ou litote, qu’importe, elle se sent sale, criminelle. Une gorgée à nouveau. Trop d’empressement. Elle tremble, espère que ce n’est pas visible, avec la distance et les lumières tamisées. Dorothy bat des cils, se perd à l’intérieur de sa propre tête, et finit par conclure. “Merci de m’avoir amenée ici.” Elle ne veut pas se sentir spéciale, ne pas imaginer être à une place qui est remplie d’habitude par d’autres, se refuse d’espérer, tente de refréner son cœur, mû de fantasmes enfantins.
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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Sam 23 Sep - 14:06



La demande quitte ses lèvres et, tout de suite, le bord du verre vient les rejoindre alors qu’il avale une gorgée du liquide pétillant et saturé d’alcool, son attention fixée sur la jeune femme devant lui, mimant ses gestes en une quasi-moquerie. Son visage affiche un air confiant, teinté de défiance et d’affrontement. Le malaise est palpable sur les traits purs et parfaits de la Peste et il s’en délecte. Sait qu’elle ne veut ni entendre, ni répondre à cette interrogation qui n’en est pas une. Question-commande – get used to it. Il lit la haine dans ses yeux, l’indignation contre ses pâles phalanges, la peur sur ses lèvres trop immobiles. Il grave cette vision dans sa mémoire, ce silence incommodant qui enfle entre eux deux malgré les sons persistants de la musique ambiante. I’ll always remember this as the first time she resented me.  La conscience de l’Anglais se fond à cette réalité tangible et indéniable, vient cueillir la flamme de la rancune qui vient lécher la cage thoracique de Dorothy. Il s’y plonge, s’y noie et s’y oublie.

Forget the doubt crawling up my spine and tightening my jaw. Forget about the question that’s been clawing at my mind since I gave in. It’s far easier to ask her why she agreed to come than try to understand why I asked her in the first place. Il n’aurait pas su y répondre. N’aurait trouvé aucune excuse acceptable expliquant cet écart dans ses habitudes. Let her be, I told myself. And I didn’t. I didn’t, and I don’t know why. Il ne sait pas pourquoi il s’est laissé tenter par elle. Pourquoi elle l’a captivé dès qu’il l’a aperçue. Pourquoi chacun de ses mouvements l’appelle à vouloir la posséder. Serrer sa peau, la goûter, la mordre, la lécher, lui arracher plaintes et soupirs. Ce n’est pas qu’une question physique. Elle est belle, certes, mais ça n’est pas tout. Être propriétaire de bar lui a appris que bon nombre de femmes – magnifiques – sont prêtes à beaucoup de choses pour bien peu en retour. Elles vendent du fantasme, dans leurs robes étroites, avec leurs hanches qui ondulent. Elles sont faciles. Elles sont aussi affreusement ennuyantes. Elles ne pourront jamais lui offrir la satisfaction qu’il cherche, bien qu’il en ignore toujours la nature.  Il le sait, tout autant qu’il sait pouvoir la trouver en Dolly.

Un court sourire, mi-amusé, mi-pensif, ourle le coin des lèvres de l’Anglais alors qu’il l’écoute parler. Laisse ses mots lui serrer puis réchauffer le cœur, ignorant les émotions qui s’y rattachent de plusieurs gorgées volées à son verre. Le plus sain de ses mécanismes d’adaptation. Au fil de ses mots, il la sent réfléchir, la sent réajuster le tir, s’adapter, se mouler à ce qu’elle pense être la bonne réponse. Il sent son désir de plaire dans sa voix et s’en sent flancher encore davantage. Sa faiblesse entraîne la sienne. Son imaginaire s’accroche à quelques mots. She wanted it. She was waiting for it. Les rejette presque aussitôt qu’il en prend conscience; il ne voudrait surtout pas devoir admettre ses propres hantises. I don’t know how long I can stand up against the storm.

Un soupir résonnant doucement dans sa gorge brise son silence, souffle grave et sonore.

« It was my pleasure. It still is. »

L’Anglais avale la dernière gorgée du contenu de son verre et attire l’attention de la barmaid d’un bref mouvement de sa main avant que son regard ne retrouve Dorothy. Décide de ne plus penser, de ne plus essayer de raisonner les mots et les envies qui lui agressent les neurones, qui luttent contre l’emprise serrée de sa conscience. Il soupire une nouvelle fois, lourdement. Concession. Échec. L’anglais redresse sa posture un instant avant de venir poser ses coudes sur ses cuisses, à présent penché vers l’avant. Les doigts de sa main droite frottent légèrement son propre menton, effleurent ses lèvres puis viennent se joindre à ceux de son autre main, devant lui. You still have time to keep your mouth shut, Harker. You still have time to get away, to forget about her, to keep your madness to yourself.

« I… » Il hésite. Sourire aigre, contraint et irrité par son manque de contrôle, mais sincère. I can’t believe I’m about to say this. Ses traits normalement durs et imperturbables s’adoucissent. Bref instant de vulnérabilité, d’humanité. Chaleur. « I can’t explain this. Why it is, and where it’s going. But you need not question it. » Il marque une pause, songeur. « If you’d rather not find out, I suggest you leave right now. »

Il se lève et brise la distance qui les sépare, s’approchant d’elle et se penchant pour que son visage se trouve à côté du sien. Sa joue contre sa tempe, lèvres tout près de son oreille alors que sa main agrippe brièvement son épaule.

« I’m going to get my drink at the bar. If you’ve left when I come back, then I’ll consider you a stranger for here on out. If you’re still there, then maybe we can start to get to know each other, hm? »

Il se redresse, lui tourne le dos et s’éloigne, venant s’asseoir sur l’un des tabourets libres devant le comptoir. On lui donne le verre dès qu’il s’y présente; il remercie la barmaid d’un murmure et en vide la moitié d’une traite. It’s stronger than usual. Burns my throat and my chest.

Please don’t leave.

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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Sam 23 Sep - 14:45



Elle a failli, s’attend à un signe de sa déception, tente de décrypter ses soupirs, son regard, sans y parvenir. Il la rassure, envoie la chair de poule le long de ses bras nus. Elle attend. Accrochée à ses lèvres, voir où ses paroles vont l’amener ensuite, peinant à suivre le rythme. Dolly n’y est pas habituée, à ne pas pouvoir prévoir, dans l’autre, dans la situation, tout ce qu’il faut pour pouvoir s’y abandonner, s’y sentir chez elle. Elle le rend maître de son éparpillement, meneur dans le dédale, sans même s’y reprendre à deux fois, d’un sentiment d’impuissance qui l’étouffe. Il se penche, elle se fige. Il la prend, la perd, la retrouve et l’ordonne avec douceur. Elle est incapable de délier ce qu’elle veut voir et ce qui est, serre les jointures dans une tentative de contrôle, ignorante de celui qui s’échappe devant ses propres yeux. Elle ne le connaît pas, encore, ne décèle pas les subtilités, s’empêche d’imaginer, d’espérer, de désirer. Elle le hait, de lui lancer l’ancre, de la laisser se noyer avant de la sauver, une bouffée d’oxygène, de la laisser sombrer à nouveau. Il lui laisse un choix. Il ne lui en laisse aucun. Le sait-il ? Fait-il exprès ? Elle oublie les pensées à peine se sont-elles immiscées dans son crâne, efface du revers de la main tout prudent doute, toute possibilité d’échapper à une emprise déjà trop délicieuse.

Elle respire. Elle étouffe. Elle tremble, se fige. Ses mots chatouillent le creux de son oreille, traversent son corps en tant de frissons qui viennent s’évanouir au fond de son ventre. Lorsqu’il la quitte, elle vient toucher sa joue, le lobe de son oreille, se laisse expirer, ferme les paupières. Elle a envie de pleurer. La frustration tord ses entrailles, sa raison lui joue des tours, son coeur est un escroc, elle ne peut faire confiance à personne, surtout pas à elle même. Elle sait qu’elle ne partira pas. Ses jambes sont de plomb, elle le voudrait qu’elle n’y arriverait pas, à se traîner jusqu’à la sortie. Il l’a coincée, menottée, elle ne voit pas d’échappatoire et n’en cherche même pas, dans l’aveuglement propre aux bêtes satisfaites de leur emprisonnement.

Dorothy se penche, mécaniquement, attrape son verre, et le sirote. Bientôt, elle en atteint le fond, se demande combien de secondes sont passées, minutes peut-être, dans une perception du temps qui semble distordue, loin des approximations qui peuplent ses journées. Il l’a déréglée. Quelque chose ne marche pas bien, là haut, un rouage s’est bloqué, et son regard même semble teint d’une nuance inconnue. Il l’a privée d’action, réduite à tourner ses paroles en boucle, imaginer son souffle contre son oreille, et elle se sent empreinte de folie, ne se reconnaît pas, (se reconnaît trop), tangue. Un instant, l’idée qu’il ne revienne pas l’effleure, celle qu’il vérifie combien de temps elle restera plantée là, dans ce fauteuil, sans rien pour lui indiquer un retour. La chair de poule monte sur ses bras à la réalisation de son impuissance, celle de se voir plusieurs heures tard, encore, accrochée à l’idée de son regard, le corps engourdi et la tête lourde, luttant contre le sommeil. Elle ferait tout. De son plein gré.
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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Sam 23 Sep - 16:51


La panique et la silencieuse supplication qui lui grugent les entrailles le dégoûtent. Since when does it matter? Since when do I care? I wish she could get up and leave, out of this place and out of my existence, without leaving an abysmal void behind. I don’t want to miss her. But I know I will, and I despise myself for it. This hope, this need, this hunger. I fucking hate all of it. Yet it’s there, growing with every tick of the clock. Il passe ses deux mains sur son visage, sens ses doigts trembler contre ses joues. Un grognement contrarié fait gonfler son torse puis il attrape son verre une nouvelle fois. Force l’alcool dans sa gorge en quelques goulées, jusqu’au vide. I need more. Mais il sait pertinemment que quelques verres ne suffisent plus à apaiser ce qui lui démange le corps, ce qui lui fait mal.

Peut-être que c’est à lui de se sauver. D’aller se réfugier au sous-sol. Un sanctuaire, une cage. Bête sauvage, mal-aimée, apeurée. De trouver refuge dans le liquide brumeux prisonnier d’une seringue qui, déjà prête, l’attend sagement sur sa table de chevet. Sa salive enlace sa langue sous les images de sa peau cédant sous la pointe de l’aiguille. Veine enflée, brûlure, puis cette chaleur toute enveloppante. Qui le caresse, qui le serre, qui lui chuchote à l’oreille que tout ira bien. Euphorie artificielle qui cueille sa tête lourde de soucis et de souffrance entre ses mains, qui baise son front. Le force à s’étendre. Anesthésie générale. À n’en plus sentir le choc de sa tête percutant la tête de lit, le matelas sous son dos, les larmes coulant de ses yeux vides.

Il se laisse songer, un instant, à une alternative. À des doigts bienveillants sur sa peau, caressant les traces de son tourment sans en être répulsés. À des yeux débordants d’affection qui viennent trouver les siens. À des lèvres sur son front, sa tête posée contre une poitrine douce et chaleureuse.

Don’t be fucking stupid, you worthless piece of shit. This is bound to fail, and you’re still gonna try. You really are desperate, aren’t you? She’ll find out soon enough how pathetic you are.

Il avale de sitôt le shot de tequila que l’on pose devant lui puis se redresse. Son hésitation ne dure pas puis il se retourne. Il en veut à son cœur de s’emballer de la voir toujours assise sur le fauteuil. Elle n’a pas bougé, ou presque. Elle est là. Elle est là, et elle est sienne. I’m going to ruin both of us, and I cannot wait. I’ll turn us to dust. And it’ll be absolutely beautiful.

Ses pas sont déterminés, son désespoir camouflé derrière cette image assurée qu’il se force de projeter. Sa main vient trouver celle de Dorothy et, sans lui demander son avis, il l’incite à se lever.


L’attire près de lui, regards liés, ses propres lèvres affichant malgré lui l’ombre d’un sourire. Sa main toujours nichée au creux de la sienne, il la mène sur le plancher de danse. Entre ces corps en mouvement, assourdis par la musique autour d’eux. Il ne veut plus parler, pas pour l’instant. Il veut la sentir.

Help me
I broke apart my insides
Help me
I've got no soul to sell
Help me
The only thing that works for me
Help me get away from myself

Ses doigts viennent agripper ses hanches délicates et, suivant le rythme de la chanson, il la fait se retourner dos à lui. Sa paume chaude et rude se presse au ventre de la rousse, la collant ainsi contre lui. Et, tout naturellement, son corps vient se mouler au sien, épaules courbées vers elle comme pour la protéger. De ce qui les entoure, des questionnements, de lui-même. Ses yeux se ferment et il laisse ses hanches les guider. Vers tout. Vers rien.

I want to fuck you like an animal
I want to feel you from the inside
I want to fuck you like an animal
My whole existence is flawed…

Son nez se niche au creux du cou de la jeune femme. Inspire son odeur. Elle le fait mourir. Discrètes et presque timides, ses lèvres viennent s’accrocher à la naissance de la mâchoire de Dorothy, la moitié de son visage perdue dans sa chevelure. Fusion.

« You get me closer to God. », murmure-t-il dans un chant grave mais harmonieux qui se calque à la musique qui les avale et les possède.

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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Dim 24 Sep - 13:44


Elle n’ose relever le regard. Son corps est gelé, elle se sent nue, abandonnée, et son regard s’accroche fièvreusement aux reflets dansant sur la table. Elle tente de calmer son souffle, désordonné, bruyant, accompagnant les battements d’un coeur qui semble perdu sur ses fonctions, abandonne vite devant la futilité de la tentative, prie. Que les secondes passent plus vite, qu’elles cessent d’être aussi douloureuses. Dorothy ne reprend vie qu’au contact chaud contre sa paume, détourne le visage, pour ne pas être déçue, bientôt contrainte à relever le regard, croiser le sien, fondre, se laisser tirer. Elle se perd dans les couleurs et les tissus, les peaux suintantes, habitée par le plaisir sourd dans son ventre, celui qu’elle n'assume pas, celui pour lequel elle veut partir, se décrocher de son emprise et rentrer chez elle. S’enfouir dans ses draps, se repaître d’une chaleur artificielle, pour oublier l’appel du corps.

Dorothy se rend compte finalement qu’ils ne sont pas seuls, contrairement aux signes donnés par leur moment intimiste entre deux fauteuils. La gêne la pare à nouveau, de ne savoir quel masque enfiler, heureusement on ne lui demande aucune initiative : on la guide, on lui dit quoi faire, d’idées suggérées, et bientôt son regard est tout libre à balayer la salle, les gens, à se questionner sur des possibles regards inquisiteurs. Elle s’illusionne à voir de l’envie, dans les yeux d’une jeune femme non loin, qui ne prête plus guère attention à son partenaire. Dorothy est incapable de déterminer si c’est elle qu’on veut, ou sa compagnie, et un manque de confiance évident lui permet de trancher sur la deuxième possibilité. Elle a à peine le temps de se raccrocher à ce semblant de normalité, qui semble avoir pris part de son cerveau, qu’il se presse contre elle, et comme un chat, elle se love et s’adapte à la forme de son corps.

Son coeur est exposé à tous. Il ne lui laisse aucune possibilité de se cacher, et elle décide alors de faire l’autruche, laissant ses paupières se fermer. Elle se sent légère. Fébrile. Qu’il la tienne, qu’il la retienne, qu’il l’empêche de tomber, qu’il la protège, qu’elle soit à lui, pour ce soir. Elle sent son nez, son souffle, qui vient chatouiller son cou. Ses lèvres. Sans s’en rendre compte, elle bascule la tête en arrière, lui offre sa mâchoire, entrouvre les lèvres d’une respiration trop profonde pour passer par ses narines. La musique l’entrance. Elle sent son corps céder, aux quelques maigres barrières qui semblaient encore résister, d’entendre sa voix s’échouer au creux de son oreille. Elle n’est pas elle même. Elle ne pense plus. Vide. Remplie.


La frustration la prend, de son manque d’initiative, de celles qu’elle ne s’autorise pas. Elle ne sait pas dont elle a envie. De trop. De rien. De tout. Présomptueux. Elle n’aime pas le sentir derrière elle, dans une position qui la rend plus impuissante que jamais.

Elle se retourne. Qu’a-t-il dit, plus tôt ? “get to know each other” ? Euphémisme ou non, elle s’autorise à lui montrer. Aucune conscience de ce qui la constitue, elle se laisse guider par ses instincts, des ficelles tirées de plus haut qu’elle, et vient rencontrer son regard. Elle n’a pas changé. Son regard est tout aussi mutin. Elle n’est pas une créature de séduction, elle se montre dans une candeur qui lui est rare, bien que souvent attribuée.


Elle s’écarte. Un demi pas, à peine. Assez pour montrer ses intentions. Laisser floues les limites des sous entendus. Ferme les paupières à nouveau. Danse. Comme son corps le lui demande, comme ses hanches la mènent, et elle s’amuse à imaginer à cet instant, qu’il la désire. Cette idée la caresse, fait monter un sourire imperceptible sur son visage. Ce sont des choses qui traversent sa conscience, dans des situations pareilles, l’esprit à demi embrumé, mais bien vite s’effacent. Elle ne se meut pas pour lui. Elle le fait pour elle. Pour cette fièvre du plaisir qui vient enserrer son cou, dont elle se repaît sans même ses doigts sur sa peau. Un semblant de contrôle, un semblant de lâcher prise, les opposés ne se sont jamais si bien embrassés. Et loin de la conscience des regards, qui se coulent le long de ses courbes, elle vit.
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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Dim 24 Sep - 16:19


L’Anglais retient tout juste une plainte lourde d’envie de passer ses lèvres lorsqu’il sent la tête de Dorothy basculer pour venir choir dans le creux de son épaule. S’y nicher, comme si elle était faite pour y être. L’offrande de son cou, de sa mâchoire lui tord le ventre, lui mord le cœur, lui imposant une douleur aussi vive qu’irrésistible. Ses gestes jusqu’à maintenant assurés deviennent fébriles et tremblants. L’espace d’un instant, il sent son contrôle qu’il garde normalement si prêt de lui lui glisser d’entre les doigts pour venir trouver refuge sur la peau pâle de la Peste. Il se permet l’abandon. Se permet l’espoir. Elle lui fait croire qu’il a plus à offrir que ce qu’il est réellement. Et pour cela, il lui en veut autant qu’il la désire. Yeux toujours clos, se complaisant dans l’ignorance de tout ce qui se trouve autour d’eux, les traits du visage du brun se crispent sous la tentation qui grimpe le long de son cou. Un souffle rauque fait trembler sa gorge, ses lèvres marquant la chair de Dolly de quelques baisers fiévreux.

It’s not the first time. She’s not the first woman I’ve danced with, the first person I’ve kissed. She’s not the only girl I’ve wanted to bring to bed with me. To take, to feel. I’ve wanted to hear my name moaned from other lips than hers. I’ve wanted to feel nails down my back before, legs wrapped tightly around my waist. And it’s happened. I’ve screamed, bitten, choked, desired. I’ve gotten my way, then I’ve rejected, pushed away, denied. Because fuck them, that’s why. Because I don’t need another body I can dispose of when I’m done with it. I don’t need someone who’ll never understand.

But she makes me believe she can. She makes me believe she can follow me without being scared of the darkness. She makes me believe she needs my touch as much as I need hers. I don’t know anything about her but something deep within me craves her every breath. And even if I can feel our suffering in my bones, I want to try. I want to play the game, despite having everything to lose. I’ll hate myself even more than I already do if this fails.

Il n’ouvre les yeux que lorsqu’elle se retourne pour lui faire face. Il observe son visage, brisé de lumières colorées, d’un doux chaos qui résonne avec celui qui l’habite. Il laisse ses mains glisser de ses hanches à ses bras sans s’arrêter de danser, puis la lâche lorsqu’elle s’éloigne davantage. Fuck, she’s so beautiful. Une œuvre d’art mouvante, espiègle mais teintée d’une sensualité certaine, dans le roulement subtil de ses hanches, dans le cœur que forment ses lèvres entrouvertes. Un autre corps vient se presser à son côté droit, bassin contre sa cuisse. Il ne le regarde même pas, ne considère rien de son identité. Ça n’a pas d’importance.  Il détourne tout juste le visage, son regard toujours fixé, avide, sur Dorothy, puis vient siffler à l’autre de foutre le camp. On lui obéit dans un soupir contrarié.

La chanson prend fin et un autre air, plus calme cette fois, vient se faire entendre. La plupart des gens sur le plancher de danse le quittent et se dirigent vers le bar ou vers les tables. Il sort à peine de sa transe et vient se rapprocher d’elle, doigts enlaçant son poignet et l’attirant plus près de lui. Regards soudés.

« How about another drink, hm? Same thing? You go sit down, I’ll get them for us. »

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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Mar 26 Sep - 10:29



Elle ne remarque pas la fin de musique, le début de la prochaine, et ne revient qu’en sentant les doigts de Philip se refermer autour de son poignet, lui intimant de ne pas se perdre trop loin. Elle lève à peine le regard vers lui, aimerait bien rester sur la piste, même si le rythme ne s’y prête pas, et pourtant, pas un mot de protestation ne s’échappe alors qu’il la tire, l’invite à retourner s’asseoir. Elle ne sait pas le comprendre, ce sentiment d’humiliation qui vient s’immiscer dans son ventre, qui fait naître la honte au fond de son crâne, et n’essaie pas, dans une insouciance qui se veut protectrice. Elle acquiesce doucement, se hait pour sa docilité, et reste un moment accrochée à son regard avant de suivre ses instructions.

C’est à peine si elle frôle le plancher, en marchant jusqu’au siège de velours qu’elle a quitté il y a peu. Dorothy n’a aucune conscience de l’heure qu’il peut être, se dit rapidement qu’elle regrettera, demain, lorsqu’elle devra se pencher sur ses livres. Elle ne sait pas encore si ce sera son seul regret sur le déroulement des évènements, pas qu’elle n’en attende ou s’attende à plus, mais parce que ce sentiment de culpabilité enserre déjà ses jointures, d’une étreinte tout sauf chaleureuse. Elle se sent criminelle, s’attend à ce qu’on vienne lui arracher son masque, d’un instant à un autre, pour dévoiler une quelconque supercherie. Dès que le regard de Philip est absent, elle se sent à nouveau elle, insignifiante, petite, et le sentiment est si effrayant qu’elle tourne la tête, dans une attente fiévreuse de son arrivée.

Lorsque sa figure finit par s’approcher, elle laisse ses poignets se détendre, ses doigts s’accrocher aux bras de son siège. Il va revenir loin, derrière la table qui les sépare, et elle va devoir endurer la frustration, une émotion qui la laisse totalement impuissante. Il n’y a rien de raisonné à ce qui l’anime, et peut-être qu’au lendemain, elle se demandera si elle n’a pas tout simplement rêvé. Tu es simplement allée boire un verre avec l’homme qui travaille dans le même bureau que toi. Il n’y a rien d’étrange à cela et pourtant son cœur proteste, de toutes les implications qu’il semble y voir.

“Merci”

Elle sent son cerveau qui commence à paniquer à nouveau, de l’attente qu’il aurait qu'elle produise un quelconque contenu d’intérêt. Elle n’a rien de passionnant à raconter. Il lui semble que toute sa vie se déroule majoritairement à l’intérieur de son propre crâne, dans ses émotions qui virevoltent, et que dans une assemblée, elle n’a guère d’histoire factuelle à dérouler. Dorothy attrape son verre, petite excuse, pire qu’évidente.

“Tu surveilleras l’heure pour moi ? Je ne veux pas rentrer trop tard…” s’autorise-t-elle à lancer. Elle se rend à peine compte qu’elle lui donne la pleine autorité sur ce qu’il décidera comme “trop tard”, se lave les mains de toute responsabilité ou culpabilité. Elle pose finalement son verre et se force à relever le regard pour croiser le sien. Il lui fait peur. Elle se fait peur, plus exactement. Un léger sourire se pose sur son visage. Dolly ne sait expliquer ce sentiment qu’il lui inspire : celui de se sentir protégée par son plus grand danger. Le besoin qu’on s’occupe d’elle. Qu’on la regarde. Celui inconscient d’avoir besoin qu’on lui attribue de la valeur, qu’elle prouve la sienne, par peur de se sentir vide. “Je suis vraiment désolée. Je ne suis pas habituée à…” Qu’il est arrivé vite, ce désolé, qu’il sera fréquent, par la suite. Elle ne sait même pas comment terminer sa phrase. L’angoisse lui serre le coeur. Que doit-il penser d’elle. “Je ne sais pas quoi dire” finit-elle par sortir, d’une honnêteté dont elle se maudit. “Tu m’intimides”
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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Mar 26 Sep - 11:25


Il prend l’absence de réponse de la part de Dorothy comme une approbation, bien qu’il sente un bref éclat de frustration et de satisfaction lui brûler le sternum à la voir s’éloigner sans un mot. Contradiction inexplicable. Il veut qu’elle parle, qu’elle le provoque, qu’elle se soumette, qu’elle le défie ou qu’elle acquiesce, peu importe, tant qu’il puisse entendre sa voix. Mais cette silencieuse obéissance, ce timide asservissement lui fait tout autant plaisir qu’il l’enrage. Il ne sait pas ce qu’il veut d’elle. Tout et rien à la fois. Destiné à une faim qu’il ne peut pas assouvir. À une soif insatiable. Peut-être. But this is just the beginning, isn’t it? Prophétie funeste, brumeuse, faible lumière brisant le rideau d’ombre qu’ils s’imposent tous les deux inconsciemment. On trace son propre chemin, et celui-ci semble les mener au bord de l’abîme. Nuit noire. You make it so easy to despise you. Yet you make it easier to crave you. Ses dents s’accrochent subtilement au bord de sa lèvre inférieure alors que ses yeux s’attardent un instant sur la courbe timide des fesses de Dolly dans sa jupe. Le vice au visage, il se retourne vers le bar pour demander deux autres cocktails.

Il revient, pas confiant, et dépose le verre de Dorothy sur la table juste devant elle puis, portant le sien à sa bouche pour y voler une gorgée, il se rassied à son tour, lui faisant face. L’observe sans réserve ni pudeur, parce qu’à quoi bon? N’est-ce pas vrai qu’elle s’est lovée contre lui, féline et tout aussi affamée qu’il peut bien l’être, avide de son corps pressé au sien? N’est-ce pas vrai qu’elle s’est offerte à lui sur un plateau d’argent, terni de leurs incertitudes, lui donnant en un mouvement fluide de sa tête sa vulnérabilité, qu’il en fasse bien ce qu’il veule? Il sent quelque chose monter en elle. Anxiété, malaise, honte. Et pourtant elle reste assise. Et lui s’en délecte, sans que son regard presque prédateur ne dévie de sa proie. Traits calmes, figés dans une quasi-dureté.

Il l’écoute parler, ne réagissant à sa demande initiale que d’un signe de tête et d’un coup d’œil sur l’horloge. Her struggle is palpable. L’hésitation dans ses mots, dans ses souffles, idées tout aussi saccadées que les syllabes qu’elle prononce tout juste. Il ne l’aide pas. Attend, infiniment patient. Il a tout le temps du monde, et le spectacle qu’elle lui donne lui plait tellement. La vérité naît de sa bouche – alléchante bouche.  Ça n’est rien de nouveau, il l’avait deviné depuis la première fois qu’ils s’étaient croisés au bureau, mais de l’entendre exprimé de cette voix qui le tord d’envie le satisfait profondément. Il garde le silence un instant puis revient se pencher vers l’avant comme il l’avait fait un peu plus tôt, sans jamais la quitter des yeux.

« I know. It’s… what I do, I suppose. I couldn’t name you one person I don’t intimidate. » Il sourit brièvement. « I’ve learned to live with it. » Il prend un gorgée de son verre et bouge un peu dans son siège, marquant une pause puis reprenant la parole. « Ask me anything you want, and I’ll answer you honestly. And I expect the same courtesy from you in return, hm. That ought to help break the ice. » Son sourire change. Plus charnel, plus chaud. « Because clearly, feeling me grinding up on you wasn’t sufficient. »

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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Mar 26 Sep - 12:12



Il sait, et cette vérité l’enfonce un peu plus dans cette impuissance qui lui colle à la peau. Bien sûr, qu’il sait. Il voit son corps, il voit ses mimiques, entend sa voix hésitante, et pourtant il joue. Elle ne lui en veut pas. Elle lui en veut terriblement. Dès qu’il la regarde, les limites sont infiniment plus floues. Il se penche, et elle s’accroche à son mouvement, cesse de respirer, lutte contre son corps qui part imperceptiblement vers l’avant lui aussi, se renfonce dans le dossier de son fauteuil. Il ne ment pas, au moins. Il est honnête. Dorothy ne sait si elle doit s’en réjouir ou en avoir peur, de quelqu’un qui pourrait montrer ses propres noirceurs sans même battre des cils. Elle qui maintient tout, dans une coquille agréablement renforcée au fil des années, elle se sent prise de fascination face à l’incarnation d’un interdit.

à sa dernière phrase, elle se fige, rougit, à l’abris de la lumière tamisée qui ne laisse rien voir mais donne à supposer, et la honte fait un nouveau chemin à travers ses veines. Elle se surprend des idées de violence qui lui viennent, qui l’attrapent aux tripes comme elle ne l’a jamais connu, mêlées à un désir qui en semble indissociable. Il sait, il joue, et elle prend peur, qu’il ne soit pas aussi convaincu que la plupart par son apparente candeur, qu’il en vienne à croire (voir) ce qu’elle n’est pas (ne veut pas être). Elle ignore. Ses paroles n’appellent pas à réaction, pas celle là en tout cas. Dorothy ne détourne pas le regard, tente de reprendre un peu de sa contenance. Pour se protéger, inconsciemment, elle vient croiser les bras sur sa poitrine.

“Est-ce que tu as pour habitude d’emmener ici les jeunes filles pour les perturber ?” demande-t-elle. Une question dont elle veut avoir la réponse. Directe. Aucune raison de douter. Il sait. Comme il l’a énoncé de façon si charmante, elle ne lui est pas insensible, et même si elle n’a aucune intention de lui exprimer de but en blanc, elle ne peut pas prétendre à autre chose. Am I special ? Elle le détaille. Le fait qu’il ait prononcé ces mots l’a presque délivrée d’un poids. ”Est-ce que tu fais avec, l’effet que tu produis chez les autres, ou est-ce que tu t’en nourris ?” Elle rit jaune, doucement, ferme les yeux, qu’elle se sent idiote. Ils ne se ressemblent pas un brin, et pourtant, elle ne peut s’empêcher de penser au doux plaisir de la sensation de contrôle, de celle de voir chez les gens exactement ce qu’elle souhaite provoquer, à tout instant. Aucune malice, ou malveillance, tout aussi coupable. Elle se sent prise à son propre jeu, reléguée à la place de victime à défaut d’actrice, sait que tout est ridicule, qu’elle est ridicule, que l’exprimer ne servirait à rien. Elle rejoue la dernière phrase de Philip dans sa tête. Garde les paupières fermées. “Est-ce que je t’amuse ? Ris-tu de moi ?” demande-t-elle finalement, dans une vulnérabilité qu’elle n’a su garder pour elle, la voix tremblante d’un manque de confiance qui la dévore.
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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Mar 26 Sep - 20:48


Because a vision softly creeping
Left its seeds while I was sleeping
And the vision that was planted in my brain
Still remains
Within the sound of silence

You’ve done this before. Countless times. Teased, provoked, pushed to the limit and further still. You’ve reveled in the shocked look in people’s eyes, found joy in insults thrown at you, found bliss in the crash of a closed fist on your jaw. Tasted your own blood and laughed. You’ve taken this anger, this hatred and kept it to yourself until you were ready to burst. Snap. Unhinged beast of desperate rage. Because in your mind, there was nothing worse than being unseen, than being ignored. But it’s different, now, isn’t it? Since she died. Since you’ve killed her. You can tell yourself you didn’t force her to take those pills, you can tell yourself you did everything you could to save her. But you know the part you’ve played in it. You created what caused her heart to stop beating. You didn’t think to keep an antidote behind the bar. You’re a murderer, Harker. How many others suffered the same fate as hers? How many other lives wasted stain your hands? Keeping your madness to yourself won’t change any of it. Changing your ways won’t bring them back. And that’s why you deserve to die alone and miserable. The sooner the better.

Ses démons l’assourdissent, l’étourdissent, alors que les mots de la Peste viennent se faufiler, amers, sous sa peau, sous ses muscles, et viennent éparpiller leur poison en lui. L’appel de l’héroïne est toujours plus fort, plus violent lorsqu’il s’en veut. Lorsqu’il en veut à quelqu’un d’autre. Sa peau le démange autant que sa conscience, suppliant qu’on l’étouffe. Son sourire s’affaisse, lentement, suivant la cadence de ses yeux qui se vident. Filtre gris. Ses questions frappent, et bien qu’il voudrait en être indifférent, il ne l’est pas. Encore une fois, l’envie d’épargner Dorothy des caprices de son mal-être lui traverse l’esprit. Mais il est bien trop cruel et égoïste pour cela. C’est déjà trop tard, qu’il se dit. À moins qu’elle décide de partir d’elle-même. Mais, alors que son regard, ravivé d’un brasier aussi offensant qu’offensé, sonde intensément celui de la rouquine et que, l’âcreté dans le geste, il vient avaler une gorgée de son verre, il se promet de tout faire pour qu’elle ne veuille pas le faire. I’ll be the end of you.

L’Anglais se lève, posant son cocktail dans un bruit sec de verre contre bois, puis vient s’asseoir à nouveau, sur la même table basse, juste en face de Dorothy. Ses gestes sont toujours fluides, presque calculés, mais il en ressort une rudesse qui n’était pas là peu avant. Ses doigts s’imposent au menton de la jeune femme et la forcent à lui offrir son visage. Étreinte brusque, mais qui en est toujours une. Ses yeux, eux, la confrontent et la supplient. Son ton n’est qu’un murmure rauque, sincère de par sa dureté. Il veut qu’elle l’écoute, pas seulement qu’elle l’entende.

« Listen to me closely. Because I won’t say it again. I choose my company very carefully and if I didn’t think you worthy of my time, I wouldn’t give it to you. I wouldn’t’ve looked at you. I wouldn’t’ve acknowledged your existence. But I did, and we’re here now. You’re here with me because you intrigue me, not because you amuse me. You’re here with me because it seems we both want you to be. What I do with how people see me is irrelevant in this situation. Is that understood? »

Because right now, in this moment, you’re all that matters.




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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Mer 27 Sep - 14:01


Elle a peur. De sa réaction, du fait d’avoir tout gâché. Son coeur tambourine contre sa cage thoracique, tant qu’il semblait prêt à en jaillir, prêt à atterrir dans la paume du jeune homme, pour qu’il le calme. Les secondes de silence, qu’elle ne parvient à dénombrer, s’accumulent comme tant de poids au fond de son estomac. Il bouge, se rapproche, et son regard lui glace le sang. Elle n’aurait rien dû dire. L’idée de s’excuser lui semble encore plus ridicule, combien de fois peut-elle le faire ? Qu’importe la direction à emprunter, elle sent qu’elle dérangera. Partir. Fuir. Son corps tremble légèrement, l’adrénaline monte, comme devant un danger imminent. Il n’y a pourtant rien, à part les idées qui viennent l’attaquer, son imagination qui s’emballe, ses idées, l’impression qu’elle sait, qu’elle prévoit l’avenir, une mégalomanie dont elle n’est que trop consciente.

Il est devant elle. Il attrape son menton, elle expire et s’arrête là, retenant sa respiration. Elle l’écoute. Il ne suffit pas de ça pour qu’elle y croie, tout ce que cela aura achevé est de lui ôter la possibilité d’exprimer ses doutes, et elle se convainc intérieurement de ne plus l’embêter avec ça. S’il suffisait de quelques mots pour enlever un doute d’une vie, et pourtant dans ces quelques secondes, elle veut y croire, se donner entièrement à ses paroles, à lui, prendre ses mots comme religion, vérité absolue. Elle finit par acquiescer doucement, autant que les doigts qui retiennent son menton lui permettent. Respirer. Ne pas oublier de respirer.

Dorothy relève le bras et vient entourer la main de Philip de la sienne, à peine, afin qu’il laisse son visage reprendre liberté de mouvement. Peut-être une excuse pour le toucher, pour se repaître d’une chaleur qui lui semble bien insuffisante. Elle ne le force pas à détacher ses doigts, laisse juste le poids des siens lui intimer qu’elle a compris, elle a compris, elle ne le redira plus. Elle se sent enfant sermonnée par ses parents, désireuse de se faire aimer à nouveau, après la faute qu’elle vient de commettre. “Please.” Un mot lancé au vent, sûrement, dont elle même ne sait pas bien la provenance. S’il te plait, enlève tes doigts. S’il te plait, laisse moi partir. S’il te plait, ne m’abandonne pas. Elle craint de revenir le lendemain dans un bureau froid, silencieux, de ne plus jamais le revoir. Disparu aussi vite qu’apparu, comme dans un rêve. Elle ne peut pas exprimer ses doutes, pourtant, si ? Il lui a interdit de le faire. Et elle écoute, docile, elle ferait tout, elle s’en rend compte, pour ne pas le décevoir. Elle ne le connait pas. Et elle se rassure dans le fait que ce ne sont que des règles d’une soirée, qui s’évanouiront aussi vite le lendemain. La bulle éclatera. Il ne peut pas avoir un si grand impact sur elle à chaque fois.

“I won’t do it again,” murmure-t-elle, penche légèrement la tête sur le côté, “Ask me anything.” Terrain moins glissant, dangereux, elle ne craint pas de poser le pied au mauvais endroit, d’assombrir son regard à nouveau. Elle n'imagine pas de question sur elle qui puisse la perturber, elle se sent un peu plus en contrôle.
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MessageRe: A loneliness to share [ft. Dorothy] | Mer 27 Sep - 22:23


Le temps s’arrête, et la question qui persiste dans sa bouche étend son goût âcre contre son palais. Durant ces quelques secondes, qui se figent et s’écoulent tout à la fois, il ne peut pas s’empêcher de repasser son propre discours dans sa tête, en boucle. Torture. Prise de conscience des choses qu’il y a laissé transparaître. Germes de son impatience. Élans de sa panique. Fragments de son désir. Débris de sa colère. Les battements de son cœur lui montent à la gorge et la serrent, l’Anglais peinant presque à respirer. Silence gonflant au creux de son torse. Il maudit silencieusement son honnêteté. Pour une vertu élevée au rang de culte, de vénération, il n’en a tiré que rarement quelque chose de positive.  T’es tellement brusque, Harker. What a jerk. Ne dis pas ça! What’s the matter with you? Have you no sense of tact? On ne t’a pas appris les bonnes manières? Évidemment, que les gens t’évitent comme la Peste. La Peste. Son indignation se tait, disparait pour l’instant, laissant son attention se rapporter, toute entière, sur la Peste.

Son visage bouge délicatement sous ses doigts. Tout juste. Une confirmation. Un soubresaut. Suivi d’une caresse timide sur le dos de sa main. Le contact de la peau de Dorothy contre la sienne l’apaise. Brise du printemps, toujours fraiche mais annonçant les jours plus chauds. De son seul toucher, elle apaise le tourment ligoté à ses tempes, lui redonne le souffle, délie le chaos. Lui fait oublier. Tout, sauf elle. Elle, se grave à sa psyché, se fond à son imaginaire, devient indissociable de sa réalité. Sa supplication l’achève. She said it so sweetly, so softly. She knows, I’m sure she does. How perfect this was to my ears.

Pour toute réponse, un sourire – subtil et satisfait – naît au coin de ses lèvres, alors que sa main se détend, libérant tout juste le menton de Dolly pour mieux venir enlacer ses doigts. Les siens se faufilent entre eux, les effleurent, dansent, presque. Jouent. Il les rattrape, lisse étau, et penche presque imperceptiblement sa tête vers l’avant pour venir embrasser les phalanges de l’étudiante. Baiser au creux du poignet. Ode à son obéissance.

Dans une lenteur confiante qui lui est caractéristique, Phillip se redresse mais, au lieu de simplement venir se rasseoir sur son siège, il pousse la table basse de côté – qu’elle reste tout de même assez près pour qu’ils puissent tous les deux y avoir leurs verres – et rapproche de fauteuil de velours. Sans être directement en face d’elle, il s’est considérablement rapproché, pour… Pourquoi, d’ailleurs? Because. Because I need it. I need her proximity. I need her scent. I need her touch. Pourquoi, d’ailleurs? Because. I… I don’t know. I don’t want to know. Il reprend place, donc, cette fois suffisamment près d’elle pour que sa main puisse venir rôder si elle le désire. Il termine son verre – le second – et en rappelle un d’un signe de la main. On lui emmène dans la minute.


« Shall we take turns, then? I ask one, then you ask one, and so on… You trust me to not keep you here too late, hm? » Sourire frôlant le malice, qu’il trempe dans son verre avant de poser sa question. Il n’a pas besoin d’y réfléchir. Sait déjà ce qu’il veut savoir. Ça fait des jours qu’il veut le savoir. « Tell me three things you’re afraid of. »

Il s’en était fait une idée, un portrait. Analyse en surface, estimation, alors qu’elle n’était encore, à ce moment-là, qu’une illusion alléchante dans son esprit. Mais maintenant… Elle est si parfaitement tangible. Si vraie. Sa main ne répond plus de lui lorsqu’elle vient s’approcher de la tête de la rouquine, rangeant délicatement une mèche de ses cheveux derrière son oreille gauche. Tendresse passagère, ponctuée de la brûlure du bourbon dans sa gorge.

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